Selon le type de cabine, il est important de choisir ses micros, car dans le cas d’une cabine 122 ou 147, le spectre assez étroit de ces cabines nécessite l’utilisation de micros à très large bande et grande capsule de type Neumann U67 ou U87, afin de saisir la totalité du spectre de ces modèles.

On utilisera, pour ces modèles, des micros statiques (voir article précédent) cardioïdes, en prenant soin de ne pas les mettre face à face, mais en les décalant légèrement, car sur les parties où la cardioïde de chaque micro se croise, on risque une opposition de phase, c’est à dire une annulation de certaines fréquences identiques, ce qui serait catastrophique pour le mixage.



On peut toujours, grâce à certains "plug-in", inverser la phase après enregistrement mais c’est une solution peu acceptable, alors qu’il suffit de déplacer ses micros légèrement tout en surveillant la phase grâce à un "plug-in" de ce type :



On commence donc par mettre les micros de prise du haut de la Leslie face à face, puis on corrige leur angle en surveillant le "plug-in" de contrôle de la phase, et une fois ceci au point, on bloque le tout et on n’y touche surtout plus.




Pour ce qui est de la prise des basses, là aussi un micro statique à large capsule de type Neumann U67 ou 87i est idéal et doit être placé à 30cm du HP de basse, à l’avant et légèrement incliné vers le bas pour éviter là aussi un croisement de phase avec les micros du haut.



Bien entendu, ces placements sont valables quelle que soit la cabine, mais selon les modèles, on utilisera des micros très différents.

Par exemple, pour une 760, une 2101/2121 ou une 3300, le micro de basse reste le même, mais des micros à ruban type M160 seront parfaits car leur spectre avec des aigus moins présents et une légère bosse dans les mediums graves, donnent le même son que la prise d’une 122 avec des statiques à large bande.

Si on recherche plus d’aigus, plus d’agressivité, il suffit d’utiliser pour ces cabines à transistors (et à large bande), les mêmes micros que pour la prise d’une 122 ou 147.

Attention toutefois au bruit de ventilateur produit par les trompes en vitesse rapide, les micros à ruban étant particulièrement sensibles au vent, il convient d’utiliser des bonnettes efficaces et de placer les rubans à 40 cm des ouïes.

Autre souci, les organistes qui jouent en stop/rapide, car la trompe qui diffuse le son ne s’arrête jamais au même endroit, ce qui peut poser de gros problèmes au mixage car l’orgue n’a jamais le même son ni la même puissance.

Dans le cas d’un organiste qui pratique ainsi, il est raisonnable de mettre à l’arrière de la Leslie et en ayant pris soin de démonter le panneau du haut, un micro supplémentaire dynamique de type SM57 Shure dirigé de l’arrière vers l’avant, très proche voire même à l’intérieur de la caisse de la cabine.

Ce micro servira à rattraper la perte de dynamique et les réflections internes sur les parois de la cabine, quand la trompe s’arrête au mauvais endroit, et la trompe s’arrête toujours au mauvais endroit selon la loi de Murphy dite de l’emmerdement maximum (voir Larry Goldings en concert qui ramène la trompe au bon endroit à la main dès que la trompe n’est pas face au micro de sonorisation).

Pensez aussi que les organistes manient la pédale d’expression et les tirettes avec une certaine violence, et il est très difficile de régler correctement l’entrée de chaque micro car on peut être sûr qu’à un moment ou un autre, un coup de pédale ou un plein jeu fera exploser les niveaux dans le rouge vif et le click numérique non rattrapable.

Par sécurité, j’insère toujours un compresseur-limiteur, ou j’utilise des préamplis micros Avalon ou Focusrite avec compresseur et limiteur.

Le ratio de compression de devrait pas être supérieur à 2 :1 .



Ces préamplis étant extrêmement chers, il existe dans la gamme Ivory de chez TLA d’excellents préamplis compresseur-limiteurs.

Evitez d’utiliser les préamplis-micros des tables de mixage de bas ou moyenne gamme (type Behringer), ils ne sont jamais à la hauteur, mais si vous travaillez avec une bonne table Mackie ou encore mieux une SSL ou une Trident, vous pouvez dans ce cas utiliser leurs préamplis et ajouter simplement un compresseur-limiteur.

Ces compresseurs sont là pour éviter une saute dans le rouge, mais ne doivent en aucun cas être en action permanente, car si c’est le cas, vous perdrez une grande partie des nuances et de la dynamique (différentiel entre le son le plus faible et le plus fort), réglez vos seuils de manière à ce que le compresseur-limiteur n’entre en action qu’à partir de -2db.

Une fois la prise de son réalisée, les oppositions de phase évitées, les saturations ou clicks numériques absents, vous avez la base de travail de la mise à plat avant de procéder au mixage lui même.

Un petit conseil prudent : utilisez un coupe-bas à 60HZ sur le micro des basses et un coupe-haut à 16 ou 18000Hz pour les micros du haut.

Pour bénéficier d’une dynamique idéale, il est intéressant de travailler en 24 bits, ce qui permet, au final, de bouncer en 16bits/44,1khz, c’est à dire au maximum de capacité du CD audio.

Si vous travaillez pour un DVD classique ou un Blu-Ray, il est souhaitable de travailler en 32 bits et 192Khz, afin de bouncer en 24bits/96khz.

Pour cela il faut travailler avec des cartes-son ou des convertisseurs analogique/numérique de qualité et, sans vous conseiller les convertisseurs Apogee, fantastiques mais hors de prix, Motu fabrique des cartes-son de superbe qualité pour des prix relativement bas (241/0, Traveller, etc…).




Pensez aussi que si vous travaillez en 24/96, 1 minute de fichier mono pèse plus de 50 Mo et avec 4 pistes pour l’orgue, 8 à 10 pour la batterie, 2 pour la guitare etc… la consommation de Mo sera de l’ordre de 500 à 1 Go la minute, et à ce niveau il faut des Hard-Disks rapides de type S.A.S ou haute capacité à 15000 t/mn au lieu de 7200 t/mn.

Il faut aussi penser à tout avoir en 2 exemplaires, car chaque sauvegarde doit être doublée au cas où…. cela m’a sauvé des séances maintes fois. Une mauvaise manipulation sur le fichier original peut être catastrophique alors que la sauvegarde régulière vous sécurisera.

Bien sûr, le système d’enregistrement est un ordinateur, et la plupart des studios travaillent sur des Apple Macintosh pros dont la fiabilité du système Unix n’est contestée par personne.

Les PCs haut de gamme dédiés sont aussi d’excellentes machines, à conditions qu’elles ne fassent rien d’autre (internet, mails etc).

Dans le prochain numéro de HammondandBuzz, je vous parlerai longuement du mixage, des panoramiques, des réverbérations et de toutes les erreurs à éviter si vous voulez un son cohérent.

En résumé, il vous faut un triple préampli compresseur-limiteur, et 4 micros dont un statique inséré en partie à l’arrière de la cabine, et en chiffrant au minimum, il s’agit quand même d’un investissement de l’ordre de 8000 € en configuration minimale, et il est raisonnable de louer ce matériel le temps de l’enregistrement, ce type de matériel n’étant rentable que dans un studio qui en a l’utilisation journalière.

Pensez aussi que les micros Neumann ont besoin de pieds solides et très lourds, ces micros pesant souvent plus d’un kilo, et ne lésinez pas sur le câble et les connecteurs, je vous conseille fortement le matériel Neutrik, vous ne serez pas déçus.

Prêts ? OK, faites chauffer les orgues et on mixe ensemble dans 2 mois.

Bruno Micheli