l'album a reçu le label

H&Buzz > - Pourquoi un CD (en des temps pas très porteurs pour la commercialisation de la musique enregistrée) ?

 early years : sept 2006

Un album, c'est l'occasion de faire un bilan d'étape, de donner à entendre la musique que joue ce trio aujourd'hui. Je joue avec William Chabbey depuis près de cinq ans, la plupart du temps en trio à l'orgue avec Charles Benarroch ou Mourad Benhammou à la batterie. On a donc une centaine de dates de concert ensemble qui nous ont permis de développer un répertoire, mais aussi une complicité musicale et une amitié qui donne envie de produire le disque qui en témoigne.
Mais les concerts, même en très grand nombre comme avec William, ne suffisent pas pour faire exister une formation, un projet. On a besoin de ces moments de concentration extrême que sont la préparation du disque, l'enregistrement, le mixage. Ces moments sont toujours très forts. Ils permettent de se dépasser, de sortir de soi, de se mettre au service de ce projet collectif musicalement, humainement, matériellement. L'album devient ensuite une carte de visite, un emblème qui permet de promouvoir cette musique pour la jouer et la diffuser le plus largement possible. Quand c'est une réussite, il est donc tout autant une sorte de bilan d'étape qu'un "accélérateur", et c'est tout le mal qu'on souhaite à ce disque !

H&Buzz > - Cet album : des standards ? des compos ? comment avez-vous élaboré le contenu ?

 décembre 2006 (dms = Vincent Frade)

Composer un album, c'est un peu comme composer un bouquet de fleurs. William Chabbey a un répertoire très large dans lequel on a pioché quelques jolies fleurs qui forment un ensemble cohérent.
Ce qui est mis en avant dans cet album, c'est le blues comme "plus petit commun dénominateur" de toutes les musiques qu'on joue, même s'il n'y a pas un seul blues au sens strict, avec les douze mesures réglementaires. Ce choix s'est fait avant la séance, et il est bien possible qu'il ai été largement influencé par le concert de Larry Goldings avec Peter Bernstein et Bill Stewart en septembre dernier au Sunset, un concert auquel on assistait tous les trois avec William et Charles et qui nous a durablement marqué. Ce n'était pas la première fois que j'écoutais Larry en concert, bien sûr, car j'essaie de ne pas le manquer dès qu'il passe sur Paris. Mais on a pas mal discuté ensuite de la musique qu'on avait entendu ce soir là, et William y est même retourné le lendemain tellement il avait aimé. L'évidence, quand on ouvre grand ses oreilles à cette musique, c'est qu'elle est ancrée à la fois dans la modernité et dans des phrasés et des harmonies en directe provenance du blues. Avec nos parcours musicaux très différents, c'est un point sur lequel nous nous rejoignons très fortement, William, Charles et moi.
Sur les huit titres, il y a donc cinq compositions de William et trois reprises en hommage à deux guitaristes qui partagent cette référence au blues, et sont aussi de grandes influences pour William : Wes Montgomery (West Coast Blues) et Kenny Burrell (Kenny's Sound et Midnight Blue). Les compositions de William partagent avec celles de Wes et de Kenny Burrell la recherche d'une certaine "ligne claire", un peu comme le dessin de Hergé en bande dessinées, avec des mélodies qui ont la force de l'évidence sans tomber dans le cliché. "Sprint veloce" (du nom d'une ancienne Alfa Roméo, mais aussi du nom de la guitare que joue William, conçue par son père) et "Three for a blues" s'inscrivent clairement dans cette filiation. "Chez Jean-Baptiste" donne à voir les influences brésiliennes dans la musique de William, qui a beaucoup joué avec des musiciens brésiliens comme Carlos Werneck. Enfin, "Fangu" et "Vignola" sont de belles balades en hommage à la Corse, d'où un climat un peu alangui à défaut d'être paisible ...

H&Buzz > - Pourquoi toi, avec Chabbey et Benarroch ?

 mai 2007

Avec William et Charles, c'est aussi et d'abord une histoire d'amitié. Depuis 2006, on a beaucoup joué ensemble, voyagé, partagé des moments heureux et moins heureux. On se voit aussi en dehors des concerts et on échange d'autres choses en dehors de la musique, et c'est peut-être pour cela qu'on s'entend si bien musicalement. De ce côté là, on a aussi une culture commune ancrée dans le blues, le bop, hard bop, mais aussi toutes les autres musiques qui sont sorties de cette matrice originelle. Avec William, ce qui a fait le déclic il y a cinq ans, c'est la passion commune qu'on a pour Jimi Hendrix.
Mais c'est d'abord William qui nous a choisi pour ce projet où il voulait renouer avec la formule du trio avec orgue et batterie, après Jazz Horizons enregistré en 2002 avec Patrick Villanueva et George Brown. Les disques en trio de Wes avec Mel Rhyne à l'orgue et sur certains George à la batterie demeurent des références absolues en termes de swing, souplesse, musicalité, et ce sont des disques de chevet autant pour William que pour moi. Sur ce disque, on essaie finalement de creuser ce sillon sans tomber dans la copie, avec des morceaux inédits ou des réinterprétations, avec la personnalité musicale de trois musiciens d'aujourd'hui.

H&Buzz > - C'est le premier album ensemble ; mais tous trois avez déjà enregistré auparavant, avec des colorations, des expressions de personnalité différentes ; tu nous en dis quelques mots ?

 avril 2010

Cet album est le premier mais vraisemblablement pas le dernier avec William et Charles. On a tous les trois des collaborations et des projets propres, mais j'aimerais beaucoup qu'on puisse approfondir notre complicité musicale, y amener de nouvelles choses et la faire évoluer sur plusieurs années, un peu à la manière du trio Bernstein / Goldings / Stewart ou du trio de Wes avec Mel Rhyne et George Brown. C'est un peu une constante dans mon parcours musical de chercher à approfondir les relations humaines et musicales, de faire un gros bout de chemin avec des musiciens que j'apprécie pour voir un peu jusqu'où on peut aller.
J'ai ainsi joué pendant 10 ans au sein de Moonray and the Bitch, un trio rock avec le chanteur et guitariste australien Chris Kenna et le batteur Henri Le Boursicaud avec qui j'ai enregistré quatre albums et joué assez intensément. Ce projet est pour l'instant mis en sommeil car je me consacre au jazz, mais je n'exclue pas d'y revenir si l'envie reprend avec Chris et Henri. Côté jazz, j'ai enregistré chez Bruno Micheli un disque en 2005 composé majoritairement de compositions personnelles, avec Paul Abirached et Thierry Tardieu, Le jardin suspendu. On y reprenait le morceau éponyme de Jehan Alain, un des morceaux que j'interprétais quand j'étudiais l'orgue classique au conservatoire, et surtout un compositeur dont j'ai encore envie de creuser le répertoire et que j'invite tout le monde à aller écouter de toute urgence. J'espère bien donner une suite à ce projet, avec une configuration différente et d'autres morceaux personnels : à suivre !
Pour ce qui est de William, c'est le cinquième album sous son nom et il a enregistré avec beaucoup d'autres (notamment Moritz Peter, Carlos Werneck, Catia Werneck, Mourad Benhammou, David Sauzay, etc.).
Quant à Charles, établir sa discographie relève de la mission impossible, tellement il a accumulé les collaborations avec les plus grands noms de la chanson et du jazz depuis quatre décennies. Il est plus connu côté chanson (de Dutronc aux Gipsy Kings en passant par Higelin, Souchon, Julien Clerc, etc.) mais c'est avant tout un batteur de jazz avec un swing terrible et qui ménage toujours des surprises.

H&Buzz > - La session d'enregistrement, quelques détails ?

 janvier 2011

Nous avons enregistré ce disque avec André Bonnin chez William à Pontault-Combault. André avait réalisé également le précédent album de William, et à nouveau il a fait un travail exceptionnel sur le son, particulièrement sur l'orgue. C'était mi-décembre 2010, en pleine tempête de neige, avec des routes bloquées un peu partout qui ont bien failli compromettre l'enregistrement !
Je possède un B3 portable et une Leslie 122 chez moi, mais j'ai décidé finalement d'enregistrer avec le XK System et la Leslie 3300, un choix que je ne regrette pas. Ça aurait bien sûr sonné super avec le "roues phoniques", mais outre l'absence de stress sur les réparations de dernière minute à effectuer parfois (mauvais souvenirs de l'époque "Moonray"), jouer avec le XK m'a permis d'enregistrer avec la Leslie 3300 que je considère comme la meilleure cabine jamais produite pour l'orgue Hammond, en termes de son global, de clarté de la définition des basses, de possibilités de paramétrage etc. Et puis il n'y a rien de tel que d'enregistrer avec le set-up sur lequel on joue habituellement en concert.
Ce choix de matériel n'est pas caché d’ailleurs sur la pochette du disque où je précise "orgue" comme instrument, et où les photos montrent le XK System. Je mets au défi quiconque de faire la différence "à l'aveugle" entre cette configuration et un "vrai" Hammond avec une Leslie à lampes, sans vouloir réactiver un débat sans fin entre "anciens" et "modernes" !

Rémi Jeannin


actu et pratique :

L'abum Three for a blues est dispo en CD et téléchargement à la FNAC, et en "circuit court" direct chez Aphrodite
en playlist sur TSFjazz-89.9
et en écoute intégrale sur musicMe



le + d'H&Buzz : Chabbey/Jeannin live (vidéo by HammondandCo)

Le concert de lancement
a eu lieu le 15 juin 2011
au Sunset/Paris
souvenir vidéo - clic ici >>>

le coup d'oeil dans l'rétro :


le 1er album orgue-jazz de Rémi Jeannin (2005)