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décembre 2009

Ma discographie de Jimmy Smith   

Petit voyage dans la nébuleuse Jimmy Smith

Les épithètes n’ont pas manqué depuis 1956 pour décrire Jimmy Smith : incroyable, imprévisible, fantastique, volcanique, etc… Pour ma part, j’en rajouterai une : incontournable…

En effet, depuis son arrivée sur le marché discographique en février 1956, les disques de Jimmy Smith se sont succédés à un rythme soutenu tout au long de sa carrière de plus de 50 années, tant chez Blue Note que Verve et d’autres labels encore. On dénombre aujourd’hui plus de 200 items auxquels il a participé directement ou indirectement, comme soliste ou sideman. Cette floraison d’opus décourage évidemment les amateurs nouveaux-venus qui se demandent à juste titre sur quels critères établir une sélection. C’est pourquoi il m’est venu l’idée de rassembler une petite liste d’une trentaine d’albums représentant selon moi une bonne quintessence de son œuvre.

Comme toutes les listes, elle est purement subjective et met l’accent sur l’aspect jazz de Jimmy Smith.

Reprenons une rapide chronologie de sa carrière discographique. En été 1955, Smith avait maîtrisé l’orgue Hammond suffisamment pour faire largement parler de lui dans un petit club d’Atlantic City. Attiré par la rumeur, le chanteur Babs Gonzales vint l’écouter et, enthousiasmé, organise une rencontre avec les patrons de Blue Note, Alfred Lion et Frank Wolff. Les quatre hommes se retrouvent au Small’s Paradise à New York en janvier 1956 où Smith honorait un premier engagement d’une semaine, et Alfred Lion, sidéré par ce qu’il venait d’entendre, signe immédiatement un contrat avec l’organiste (la rencontre est décrite en détails par Richard Cook dans son livre Blue Note - The Biography).

Premiers d’une série de près de 40 albums, les deux microsillons BLP 1512 et BLP 1514 sont enregistrés en février 1956 par Rudy Van Gelder à Hackensack et font immédiatement sensation. Accompagné de Bay Perry et Donald Bailey (dms) et Thornell Schwartz (gtr), Smith crée d’entrée de jeu la référence Jazz de l’orgue Hammond. D’autres albums en trio suivront dans l’année, puis des sessions en sextet, quartet, quintet en 1957, culminant dans les sessions The Sermon de 1958 qui constituent l’archétype de l’esthétique hard bop-Hammond.

A partir de 1957, le style s’affine et de superbes albums en trio apparaissent régulièrement, Groovin’ at Small’s Paradise, Softly as a Summer Breeze, Crazy Baby, Plays Fats Waller, suivis d’autres affirmant les rudiments d’un nouveau style connu ultérieurement sous le vocable de soul jazz, Midnight Special, Back at the Chicken Shack, Prayer Meeting etc…

Fin 1961, Smith quitte Blue Note au grand dam d’Alfred Lion, pour céder aux sirènes de Verve : il obtient ainsi un contrat beaucoup plus avantageux, une meilleure distribution et, surtout, la possibilité de travailler avec un grand orchestre sous la direction d’Oliver Nelson : une immense réussite, tant sur le plan esthétique que commercial, salue la parution du premier album, Bashin’, dont la plage Walk on the Wild Side catapulte Smith en tête des charts de jazz. Réussite presque unique, dont la perfection a porté ombrage aux albums subséquents, quoique toujours très intéressants (Blue Bash, Got my Mojo Working, The Cat, Organ Grinder’s Swing).

On pourrait à ce point dans sa carrière, la comparer à celle de Ray Charles, qui quitta inopinément Atlantic en 1960 pour ABC Paramount sur base d’une meilleure promotion auprès du public blanc et de royalties particulièrement attrayantes. Malheureusement, comme pour Charles, le volet jazz de ses activités discographiques s’est mis à décliner lentement mais sûrement pour céder la place à des réalisations plus commerciales, orientées vers le grand public. L’amorce de cet épisode est très bien montrée dans le film allemand de la NDR consacré à la tournée 1965 du trio.

Paradoxalement, c’est à cette époque de ‘commercialisme’ que les prestations publiques en trio de JOS sont les plus enthousiasmantes, voir en particulier les concerts à Paris de 1965 et 1969.

Pour ma part, je suis resté un grand admirateur de Jimmy Smith sans toutefois prendre autant de plaisir à ses enregistrements depuis 1970, sauf peut être pour les Further Adventures of Jimmy and Wes, ou les albums Fourmost avec Stanley Turrentine, Angel Eyes (un sommet dans la qualité de prise de son, due à Jim Anderson) ou encore les apparitions en trio avec Kenny Burrell et Grady Tate (Master I et II).

Voila donc ce qui est repris dans la courte liste que je vous soumets ci-après, divisé en trois catégories : les indispensables, les excellents, les très bons :

-1-

Les indispensables
A new sound,
a new star

1956
Blue Note
At the Organ
1956
Blue Note
At Club Baby Grand
vol1+2

1956
Blue Note
At the Organ
vol1+2

1957
Blue Note
Groovin' at
Small's Paradise vol1+2

1957
Blue Note
Cool Blues
1958
Blue Note
Complete Sermon Sessions
1958
Blue Note
Softly as a Summer Breeze
1958
Blue Note
Six Views of the Blues
1958
Blue Note
Standards
1957-58-59
Blue Note
Home Cookin'
1958
Blue Note
Midnight Special
1960
Blue Note
Back at the Chicken Shack
1960
Blue Note
Crazy Baby
1960
Blue Note
Bashin'
1962
Blue Note
Paris jazz concert
1965 vol1+2

1965
Blue Note
The Master
1993
Blue Note
The Master II
1993
Blue Note
Angel Eyes
Ballads and slow jams

1995
Verve

-2-

Les excellents
Jimmy Smith
Plays Fats Waller

1962
Blue Note
The Cat
1964
Verve
Organ Grinder Swing
1965
Verve
Respect
1967
Verve
Fourmost
1990
Milestone
Fourmost Return
2001
Milestone

-3-

Les très bons
The Sounds of
Jimmy Smith

1957
Blue Note
A Date with
Jimmy Smith vol1+2

1957
Blue Note
Blue Bash
1963
Verve
Got My Mojo Workin'
1965
Verve

Noter que les dates communiquées sont celles de l’enregistrement et non celles de la parution!

La question traditionnellement posée à l’issue de cet exercice reste : si vous deviez choisir un album, lequel…? Très difficile, pour ne pas dire impossible. Je tricherai donc un peu en me rabattant sur l’excellent coffret Retrospective reprenant l’essentiel de sa production Blue Note, l’album Bashin’ pour Walk on the Wild Side, l’album Groovin’ at Small’s Paradise et Crazy Baby.

A déguster sans modération.

Michel Devos

(ndlr : lecteurs, commentateurs, experts... n'hésitez pas à ajouter ci-dessous des albums à cette liste, en argumentant si posible, vous êtes bienvenus ; merci)

novembre 2009

Open Gate à l'Alhambra   


Brillante soirée, le 27 novembre, sur l'une des plus belles scènes de Paris, pour le projet Open Gate d'Emmanuel Bex.


Un an aura donc séparé la première soirée de présentation, en décembre 2008, de la consécration de la formule à l'Alhambra de Paris. Avec entre temps l'enregistrement de l'album, ses tâches techniques, et sa sortie.



Emmanuel Bex (orgue Hammond) est entouré de Francesco Bearzatti (ténor, soprano, clarinette) et Simon Goubert (batterie).

Heureuse mise à profit de la soirée pour présenter en total inédit une création, en cours d'écriture : une œuvre pour chœurs, chantée en latin, soutenue par le trio. Huit voix, quatre femmes, quatre hommes, dont les registres étagés donnent la réplique à l'assemblage ténor-orgue-batterie, tout en nuances.



OPEN GATE d'Emmanuel Bex Trio se produira également en 2010 :
  • le 16 janvier au Théâtre de Caen (14)
  • le 22 janvier au Jazz-Club de Gouvieux (77)
  • le 29 janvier à la MJC Claude Nougaro de Montmorillon (86)
  • le 4 février au Théatre de la Madeleine de Troyes (10)
  • le 14 février pour l'Aprem'Jazz à la MPT de Penhars (29)

Emmanuel BEX / ses dates :    son actu :


Ajouté last minute : diffusion des meilleurs moments du concert, sur TSF 89.9 jeudi 17 décembre 2009 / 21:00

Alberto Marsico : The "B" Side of the Fish (part 2)   

Le coffret est disponible !


le CD = 11 titres, le DVD = 13 titres + extras

en video, un extrait de "B" side :


octobre 2009

Alberto Marsico : du nouveau (part 1)   

Voici le troisième album de Organ Logistics d'Alberto Marsico.
Cette fois-ci, heureuse originalité : le coffret contient deux disques, un CD audio et un DVD. Entièrement produite en studio, la musique est enregistrée et également filmée.

Alberto Marsico - Orgue+Piano
Diego Borotti - Saxes
Lorenzo Frizzera - Guitare
Gio' Rossi - Drums





Le makin' of :
Alberto
Lorenzo+Diego
Gio

"Ce DVD, qui contient la totalité filmée de notre enregistrement au Limen Studio, marque un virage dans ma carrière musicale, et je suis très heureux d'y avoir travaillé en compagnie de Michele Forzani.

Sa connaissance et ses avis ont vraiment été la valeur ajoutée pour cet enregistrement.

Sa Société (Limen Music) diffuse de la musique classique et des concerts de jazz via le web, et la totalité est enregistrée dans un studio équipé de ce qui se fait de mieux en équipement audio et vidéo.

Bien sûr, rien n'aurait été possible sans mes amis musiciens de toujours, avec lesquels nous avons parcouru le monde : Diego, Lorenzo et Gio, qui ont talentueusement contribué en apportant leur lumière à cet album par leurs compositions, et leur maturité musicale.

Diego a écrit un puissant morceau, dans le style Jazz Messengers, un blues en mineur intitulé MR. M.B. BLUES, et une magnifique ballade gospel, JOYFUL PRAY. Son ténor crie et gémit dans un long et lyrique solo.

Lorenzo apporte sa contribution avec OUT OF SIGHT, un inédit à 6/8 qui donne la part belle à Diego au soprano, et avec une mélodie envoutante nommée NEXT TO YOU. J'ai enregistré ce titre en solo.

Gio est un formidable compositeur, et STELLE E STELLINE est écrit par lui. C'est une valse lente, avec une structure d'accords complexe encadrant une mélodie mélancolique.

J'ai écrit huit morceaux pour cet album : LOU, une ballade au parfum de gospel dédiée à la mémoire de Lou Rawls, THE B SIDE OF THE FISH, morceau rapide dénommé à partir d'un bon mot de Gio Rossi, OPENING ACT, un hommage à la tradition des combos d'orgue jazz, UP THERE, un theme bebop rapide qui met en valeur Gio Rossi (une autre prise pitoresque se trouve dans le chapitre "Special"), MAJORITY, pour trio avec Lorenzo, UPSTAIRS, composé à Dresde - inspiré par l'état d'esprit suscité par cette magnifique cité, CEREAL KILLER, une tentative de recréer le typique tempo churchy de Les McCann dans les années 60, et YES OR NO, un titre funk avec une mélodie simple et dépouillée.

J'espère que notre musique, à regarder et à écouter, va vous séduire !"

ALBERTO MARSICO




L'album se nomme ALBERTO MARSICO & Organ Logistics - THE "B" SIDE OF THE FISH
et comporte 14 titres + extras.
Il sortira sous peu de pressage.

Enregistré/filmé au Limen Studio à Milan.

www.albertomarsico.it


Bientôt, ici-même, la suite de ce papier, avec extraits, infos de dispo, etc...

septembre 2009

PLAYGROUND   



Succédant à ses deux premiers albums, "REG" (en 2001) puis "CONNECTIONS" (en 2005), enregistrés avec son groupe Talkin'About, Matthieu Marthouret nous propose aujourd'hui son troisième CD d'organiste "PLAYGROUND", en compagnie de nouveaux partenaires formant l'Organ Quartet.

Construit uniquement à partir de ses compositions, l'album est interprété par quelques-uns des meilleurs talents de la jeune génération parisienne du jazz :
  • David Prez (ténor), déjà invité auparavant sur le CD "CONNECTIONS",
  • Sandro Zerafa (guitare), maltais installé à Paris, également leader de sa propre formation "white russians quintet",
  • Manu Franchi (batterie), musicien éclectique que l'on a pu entendre dans les formations de Sophie Alour, David Sauzay, Jean-Philippe Scali...

La musique de Matthieu Marthouret est sensible et travaillée, et son interprétation est bien rodée au cœur d'un groupe stable.
Emmanuel Bex a exprimé avec chaleur son support à cette entreprise, qui se veut surtout la matérialisation d'un projet-concert à déguster live.


Dans le coin-anecdotes, relevé par HammondandBuzz, notez :
  • toutes ces compositions originales ont été écrites en 2007-2008, elles ont immédiatement été interprétées en public "pour rodage" au fur et à mesure de leur élaboration ;
  • l'enregistrement en studio utilise un couple B3+122 (moteurs arrêtés) ;
  • le jeu est de type "basses main gauche" ;
  • chronologiquement, ce groupe a été créé en 2007, avec première démo fin de cette année ; première série de concerts en novembre 2008 ; la composition de l'équipe, après avoir bénéficié de deux "remaniements", est stable depuis décembre 2008 ;
  • l'enregistrement de l'album, initialement planifié en décembre 2008, a du être annulé en cours de séance en raison d'un problème technique ; la session effective a eu lieu en février 2009, sur deux jours, dont sont sortis 14 morceaux enregistrés ; 9 d'entre eux ont été gardés pour le CD ; et il faut remarquer que les titres 4 à 7 forment une suite musicale construite.



extraits audio (NDLR : quelle difficulté de choisir un extrait, tout devrait être mis en lumière...) :

le thème de "Morning lights", extrait du titre 5 du CD


et le chorus d'orgue, même morceau, mais issu d'un enregistrement inédit live par HammondandCo nov. 2008


en savoir plus (parcours, influences, actu...) : MatthieuMarthouret.com

et aussi






ACTU :

La soirée de lancement du CD "PLAYGROUND" a eu lieu au SUNSIDE de Paris, 60 rue des Lombards, le 6 octobre 2009.
La play-list : les morceaux de PLAYGROUND, d'autres compos dont certaines plus récentes, 2-3 standards.



Un mini extrait vidéo : "5,6 & 4" (c'est le titre !), inédit interprété live pour la première fois, work in progress, c'est ici :



CD désormais dispo :
et

Tous les concerts de Matthieu Marthouret à l'orgue sont annoncés dans HammondandCo.


juillet 2009

L'ami des organistes   

Juste sorti, à peine sec, voici l'album du guitariste canadien Jake Langley "Here and Now".



"Ami des organistes" ? Si Jake Langley a l'occasion de se produire avec divers noms réputés, ses contributions "enregistrées" sont (pratiquement) toutes aux cotés de l'orgue.

Jugez-en plutôt, sous son nom :

d'abord avec Doug Riley (RIP) :

(épuisé)

puis avec Joey DeFrancesco :
  


et aussi sous la bannière "Joey", il joue dans :

  


Pour en revenir à notre CD "Here and Now", l'orgue est cette fois-ci aux mains de Sam Yahel. Donc maîtrise, calme, concentration, conduisent le jeu. Auquel se plie Jake, qui mise sur sobriété et efficacité. Pas une note de trop, et même l'emballage Digipack se limite à l'indispensable.

Quelques mesures du titre 1, qui donne son nom à l'album, Here and Now :


Enregistré en un jour fin 2008, produit et distribué par Jake Langley (Tone Poet Production)

de notre envoyé spécial...   



Zottegem est une petite ville paisible de quelques milliers d’habitants, située en Flandre orientale entre Gand et Bruxelles : à première vue, rien ne la prédisposait à la tenue du Hammond Jazz Festival qui s’est déroulé sur son territoire le 12 juillet dernier. Et quel festival ! Qu’on en juge, Dirk Van der Linden, Carlo d’Wys, Barbara Dennerlein et Rhoda Scott se partageaient l’affiche, avec en prime quelques invités prestigieux venus de France et d’Amérique, tels que Jimmy Molière (guitare), Dany Doriz (vibraphone) et Hilde van Hove (vocals). Les concerts avaient lieu sous un chapiteau ultra moderne ouvert sur 3 côtés et d’une superficie totale d’environ 2500 m², et installé dans le parc jouxtant le château d’Egmont, en plein centre ville.

Tout ce beau monde s’est retrouvé là à l’initiative de l’échevin de la culture qui, impressionné par une émission de télévision au Canada présentant simultanément 4 organistes [*], a décidé d’organiser une manifestation similaire dans sa ville. Excellente idée qui a permis de fêter dignement le 75eme anniversaire de l’orgue Hammond, dont la 1ere apparition sur la scène musicale date de 1934… !

Particulièrement impressionné par la qualité des prestations musicales, je vous parlerai en premier lieu du programme et ensuite des aspects techniques, étant chargé de la prise de son de l’événement.

Tout festival qui se respecte dispose d’un Master of Ceremony (MC) chargé de présenter les artistes et d’assurer la fluidité des transitions : ce délicat office fut rempli avec brio et humour par Dirk Van der Linden, organiste réputé et animateur du festival, qui a inauguré la soirée dès 19h à la tête de son trio composé également de Swa Mercelis (g) et Dirk Dergent (dms). Ces trois compères jouent ensemble depuis... très longtemps et c’est immédiatement audible : mise en place parfaite, connivence, coordination : ça swingue dur ! On a droit notamment à Back at the chicken shack, Georgia, I only have eyes for you, All blues... avec la participation inspirée de la chanteuse Hilde van Hove. Arrive alors l’invité Jimmy Molière, guitariste américain né à la Nouvelle-Orléans et qui s’intègre brillamment au trio en nous offrant deux standards allègrement enlevés : Fly me to the moon et Coming home baby de Herbie Mann. Énorme succès, ovation du public, électrisé par ces performances de très haute tenue où rôde constamment l’ombre du grand Jimmy.

Dirk Van der Linden quitte son Hammond XK-3/Leslie 3300 pour présenter l’organiste n°2 Carlo d’Wys. A la vue du set-up, on sent qu’on va entendre des choses inhabituelles : B3 (ou A100) tout noir, bardé de prises midi, d’écrans et de claviers auxiliaires et raccordé à une Leslie 147 également noire.
De fait, la première pièce, judicieusement nommée Something’s going on, nous plonge dans un autre univers, celui de Keith Emerson, d’Al Kooper, de Walter J. Frog. Le phrasé très particulier, haché, avec des sonorités très stridentes et des basses extrêmement présentes, agressives, montant presque jusqu’au bas medium, avec la distorsion caractéristique du bon vieux Dirty Hammond… Bref on bascule dans le domaine du pop-rock auquel je suis moins sensible, mais le public reste enthousiaste et gratifie Carlo d’applaudissements nourris : Spirit, Mister mister et Soul for E, clôturent cette prestation intéressante.
Il faut souligner l’extraordinaire versatilité du guitariste Swa Mercelis qui passe d’un style Kenny Burrell avec Dirk Van der Linden à l’esthétique Jimmy Hendrix ou Santana avec une aisance déconcertante, idem pour l’excellent batteur Dirk Dergent, aussi efficace sous cet éclairage différent.

Retour de Dirk Van der Linden pour présenter un autre invité surprise, le chanteur de variété Eddy Wally, venu faire une petite excursion dans le monde du jazz en duo avec Hilde van Hove. Très bel accompagnement du trio Van der Linden dans I left my heart in San Francisco.

Et voici qu’enfin Dirk nous annonce l’arrivée de Barbara Dennerlein, accompagnée de son batteur Marcel Gutschke. Très élégante et souriante, Barbara s’installe à l’un des deux tout nouveaux new B3 trônant sur scène à l’aspect futuriste et adresse quelques mots chaleureux au public ; le set démarre sur les chapeaux de roue avec des originaux de Barbara elle-même. Une fois n’est pas coutume, ces pièces ne sont pas un vague assemblage de riffs succincts, prétexte à des développements mécaniques souvent laborieux : nous avons affaire ici à de véritables compositions avec des thèmes mélodiques élaborés, des harmonies audacieuses et des rythmes inhabituels, sans parler des couleurs introduites dans le jeu. Défilent successivement Easy going, I797, Going home, Organ Boogy, Make it spicy et That’s me. Enthousiasmant : le public exulte et ovationne longuement Barbara.

Et voici enfin la 4eme organiste présentée par Dirk, Rhoda Scott accompagnée à la batterie par Félix Simtaine. Je connais Rhoda depuis au moins 35 ans et reste toujours sous le charme de son sourire, de sa bonne humeur, de son drive, de sa musicalité... cette fois encore le charme opère. En outre, c’est avec elle que j’ai réalisé ma première prise de son avec un B3, ça vous marque un homme… !
Programme habituel de standards jazz et autres, joués avec la fougue et la maestria habituelles avec une autre surprise à la clé : la participation du vibraphoniste Dany Doriz. Les sonorités du Hammond et du vibraphone s’associent à merveille : le côté percussif de l’un ressort bien sur les accords tenus de l’autre et, avec une virtuose du pédalier comme Rhoda, c’est évidemment… le pied ! Notons en particulier Misty et Take the A train. Le public composé de plusieurs centaines de personnes est chauffé à blanc et laisse éclater son enthousiasme à l’annonce par Dirk Van der Linden du point d’orgue (!) de la soirée, le duo Rhoda + Barbara accompagnées du batteur Marcel Gutschke… les 2 new B3 et leurs Leslie 760 crachent le feu sur Funkish : quelle ardeur, ces deux femmes maîtrisent totalement l’instrument et rivalisent d’inventivité, c’est véritablement enthousiasmant et le public hurle sa joie.

A l’issue de ce feu d’artifice, on s’apprête à reprendre pied dans la réalité, mais voici que Dirk et Rhoda nous annoncent un final éblouissant, les 4 organistes, accompagnés de Marcel Gutschke et de Dany Doriz, vont se produire ensemble sur la scène. Une série de 4/4 entre organistes et Dany Doriz, permettent à nouveau de recaler le style de chacun dans une autre pièce de Barbara, Yes or no, avec d’étourdissants solos de pédaliers. Une jam sur Let the good times roll, avec la participation du chanteur organisateur, Chris de Braeckeleer.

Au terme de cette journée hors du commun qui restera marquée d’une pierre blanche dans la mémoire des fans, on retiendra évidemment l’extraordinaire professionnalisme de Barbara et de Rhoda, chacune dans leur idiome particulier, mais encore l’excellente prestation et la polyvalence du trio Dirk Van der Linden qui a assuré avec brio la continuité de la journée.

En charge de l’enregistrement audio du festival, je suis arrivé sur site la veille pour constater que l’installation de Public Address occupait la scène depuis quelques temps, l’animation musicale s’étalant sur une période de plusieurs jours. Une bonne vingtaine de microphones quadrillant la scène, il eût été navrant d’installer en sus mes propres micros de prise de son et je décidai de trouver un compromis avec l’ingé-son du PA pour utiliser au moins une partie de son équipement. A priori, cette idée ne m’emballait guère : on connaît la spécificité d’une prise de son PA rapprochée, tenant compte des caractéristiques des haut parleurs et de la salle, ou de l’espace ouvert dans le cas présent, mais également du son direct des instruments sur scène, ce qui est la plupart du temps incompatible avec une prise de son destinée au CD, par exemple. Fort heureusement, nos approches ont paru très proches et la versatilité de la table de mixage Soundcraft VENUE II et l’excellente collaboration de la firme LucaSound a permis des ajustements qui ont abouti à un compromis de bonne qualité. A preuve, il ne subsistait guère de différence d’image entre le son ‘sortie vers le DAT’ et le ‘son des haut parleurs’, hormis bien sûr la signature sonore des HP. Une bonne séance de mastering apportera la touche finale à un travail que j’espère satisfaisant. Je profite de l’occasion pour saluer au passage l’ingé-son Rudy de la société LucaSound, homme plein de ressources.

En gros, j’ai récupéré un signal mixé mais avant toute correction d’égalisation, effets, compresseurs etc. En outre, l’architecture de la table a permis l’introduction de quelques micros d’ambiance bien disposés pour une meilleure aération du son enregistré ; de légères corrections sur les canaux entrants restaient possibles (+/- 2db) pour obtenir un matériau brut de très bonne qualité susceptible de se prêter correctement aux opérations de mastering.

Question microphones, nous avons utilisé exclusivement des électrodynamiques, ce qui est préférable en extérieur, mais aussi en raison de la densité et de la proximité des équipements électroniques (guitares, Leslies) .

Pour toutes les Leslies : 2 x SM 57 pour la trompe, 1 x DM 112 pour le rotor de basses.

Pour la batterie : 2 x Sennheiser 3000 pour cymbales, 1 x SM57 pour snare et 1 x DM112 pour la grosse caisse.

Injection directe pour les amplis de guitare + SM57.

SM57 pour les vocals et les micros d’annonce.

Micros d’ambiance dans le public et à proximité de la scène 2 x SM76 et SM53.

Le vibraphone a uniquement fait l’objet d’une prise par injection directe et l’absence d’un microphone de proximité se fait cruellement sentir au niveau des aiguës : ça pourra éventuellement se corriger au mastering, mais c’est dommage…

Les sorties Soundcraft + les 4 micros d’ambiance repassent par mon propre mixer pour un enregistrement 16 bits DAT SONY 2300.
Monitoring avec casque Sennheiser HD25.

Les haut parleurs du système PA sont des JB System QSC WhiteLine 8.
Les amplis de puissance sont également des QSC.
Les racks d’égalisation et d’effets sont principalement de DBX Systems

En guise de conclusion, voila un festival qui a largement rempli son contrat en présentant des artistes de tout premier plan dans une organisation sans faille. Le public très nombreux s’est montré particulièrement réceptif et on peut féliciter les organisateurs de ce très gros succès. Cerise sur le gâteau, l’entrée était totalement gratuite, hé oui…vous savez ce qu’il vous reste à faire l’an prochain.

Quelques souvenirs :

un extrait de chorus de Dirk Van der Linden :


Dirk VDL


le diva's summit - à gauche : Rhoda, à droite : Barbara :


Rhoda
Barbara


Les photos ci-dessus (c) sont de Frank Jacobs ( www.cityplan.be ) que nous remercions.

[*] le fameux concert de Toronto en 2006, managé par l'infatigable Paul Schaffer, une vidéo incontournable 4xB3 for The Cat.

NDLR : Michel Devos est ingénieur du son, il opère principalement sur le bénélux. Remarquable pour sa compétence et sa modestie, il a aujourd'hui une solide expérience de l'orgue Hammond.

L'enregistrement du piano   

En préalable à l'enregistrement de l'orgue (qui n'est, en simplifiant, que l'enregistrement d'un haut-parleur), retour aux fondamentaux : l'enregistrement du plus exigeant des instruments acoustiques.

Lire la suite

mai 2009

Le Baiser du Captain   

Captain Mercier, avec ses dix musiciens dont l'orgue Hammond, a fait ses débuts il y a 25 ans, au club Le Baiser Salé (entre autres), qui les programmait régulièrement.

Depuis, c'est une success-story ininterrompue, avec quatre albums, des tournées en France et dans le monde entier, et aussi quelques trophées. Et surtout, surtout, un énorme capital-sympathie.

Sous la direction de Jacques Mercier, infatigable et charismatique leader, Captain est composé de musiciens pros hors-pairs, tous eux-même leaders ailleurs et demandés ici et là ; et ceci impose de gérer toute une liste de remplaçants potentiels, car en pratique il est rare de pouvoir réunir les dix "titulaires".

En particulier l'orgue, détenu par Benoît Sourisse, est parfois confié à Franck Steckar ou à Gaël Cadoux.

Hommage reconnaissant et pérennité de l'enthousiasme, Captain se produit encore régulièrement, 2-3 fois par an, au Baiser, moments intenses et recherchés.
Lieu minuscule (l'un des plus petits clubs de Paris) qui alors accueille à guichet fermé le groupe mythique, dont les musiciens occupent une partie de l'espace des spectateurs, les quelques trois mètres carrés de la scène paraissant dérisoires par rapport aux quatre cuivres, deux chanteurs, et section rythmique incluant l'orgue Hammond.
Le répertoire : plutôt des titres anciens du groupe, hyper-consensuels, deux morceaux seulement du plus récent album.
Selon Jacques Mercier : "et maintenant, le morceau suivant est... remarquez, curieusement on dit -morceau-, mais soyez sans crainte, on va vous le jouer en entier !"


Une soirée d'exception :

la coulisse du trombone se déploie au dessus des deux "premiers rangs" de spectateurs
non visibles : le batteur (ce soir-là à droite Mathieu Gramoli) et le bassiste
à l'orgue (complètement à gauche) : Michael Lecoq (pour la première fois)




minuit et demi, scène et salle se confondent :
Jacques Mercier, monté sur une table,
associe de force l'auditoire à l'ambiance



(au passage : parcours un peu comparable pour un groupe Rythm'n'Blues inconditionnel de l'hommage à la mouvance Motown : DESKTOP, qui depuis des années et des années se produit un soir par mois au Baiser Salé ; à l'orgue : Slim Batteux ; neuf musiciens et chanteurs, recommandés chaudement aux amateurs)

Monaco again in Europe !   

- Hey, Tony, tu réalises que c'est la première fois que je te vois en tant que sideman ?
- Oui... et pour moi aussi c'est nouveau : c'est la première fois que je suis sideman !


Tony Monaco est aux cotés du guitariste Pat Martino pour quelques temps, et dans le cadre de cet assemblage ils ont donné une série de concerts dans quelques pays européens et en Afrique du Nord. A cette occasion, Tony venait en France pour la deuxième fois seulement !

Grande Bretagne, France, Autriche, Italie, Pays-Bas, Finlande, Danemark, et aussi Tunisie et Maroc ont été les étapes de ce tour qui a duré un peu plus d'un mois.

Le répertoire : une bonne moitié de compos de Pat Martino, deux titres de Sonny Rollins, un tube de Tony Monaco, et... l'incontournable "Sunny".

Soirée d'exception bien sûr, beaucoup trop courte, où Pat Martino fait avec conviction "du Pat Martino", et Tony Monaco prodigue son énergie de légende, étonnamment attentif à servir son leader. A leurs cotés, le batteur Louis Tsamous, efficace compagnon de la première heure de Tony.

Et hélas peu de temps pour la convivialité d'après-scène, car le lendemain concert en Tunisie, donc lever à 5 heures...

Tony, tu reviens quand ???



Et quelques images volées (issues d'un lot disparate, peut-être matière à un DVD un jour...) :

[cliquez sur la vignette ci-dessus / fonctionnement garanti avec Firefox]


(Pat Martino, guitariste bop d'immense popularité, et porteur d'un destin unique qui se raconte habituellement devant des mines incrédules, a été l'ami des organistes depuis toujours, par phases affectives successives ; ainsi, son oeuvre enregistrée avec orgue est notable, et son avant-dernière aventure auprès du Hammond, c'était il y a quelques années, avec Joey ; il en reste un CD).

février 2009

Marc Fosset Trio   

Marc Fosset, attachant guitariste-chanteur, est surtout connu comme ayant été l'accompagnateur fidèle de Stéphane Grappelli, jusqu'à la disparition du violoniste (durant plus de vingt ans !). Il a également contribué à plusieurs projets français majeurs, en particulier avec Patrice Caratini et Marcel Azzola.

Aujourd'hui, Marc Fosset maintient quelques pérennités solides, comme un travail de création avec un accordéoniste, et son "fauteuil" de guitariste du big band de Dany Doriz.

Et surtout un trio avec orgue en compagnie de Philippe Petit, au sein duquel il laisse part égale à nombre de standards et à des compositions, de lui-même et de l'organiste. L'une des spécialités de Marc Fosset, c'est de chanter quelques mélodies américaines d'antan, mais avec des paroles re-écrites en français, souvent avec un certain humour.

Soucieux de graver ce répertoire, qui assure fréquemment quelques belles soirées de clubs, le trio en a enregistré une sélection de titres en 2006, pour un CD à paraître prochainement.



Marc Fosset, guitare (et chant)
Philippe Petit, orgue
Eric Dervieu, batterie


Successivement extraits de "Never Let Me Go" (std)
puis "The Break" (Ph. Petit)


(ancien) Duc des Lombards
9 janv. 2007
(nouveau) Duc des Lombards
21 aout 2008
Jazz-Club d'Eaubonne
30 sept. 2008
Jazz Au Confluent
22 nov. 2008
(nouveau) Duc des Lombards
11 fév. 2009


Joey : interessante diversification   

Joey Defrancesco est désormais co-patron de Diversi, firme qui assemble et distribue aux US l'orgue de conception italienne KeyB.

Bien sûr, à ce titre, à chaque concert il privilégie de se produire sur un orgue DLQ ou Diversi. Toutefois pour l'anecdote, à la lecture des compte-rendus récents, l'organisateur local a fait fournir un B3 vintage de back-line, comme à Chicago, Seattle, Vancouver.

Actuellement, lorsque Joey donne un concert à proximité géographique raisonnable de son domicile de Pennsylvanie, il vient en voiture... avec son propre orgue ! Il s'agit d'un KeyB duo customisé, au look magnifique. Il parait que le pédalier est étonnamment léger (est-ce le pédalier standard du constructeur ?).

Notez la parfaite finition de l'engin (pas un fil ne pend à l'arrière, c'est peu banal !), le banc rigoureusement assorti, la pédale d'expression simplissime ; et le bon goût de n'avoir pas annoncé la marque de façon criarde sur la face visible du public. Pas de Leslie, le système de diffusion sonore est la solution Motion Sound (mais pas dans sa déclinaison "spaciale" introduite il y a quelques mois, plus de nouvelles).

Philadelphie (USA) en trio - 13 déc. 2008



(infos sur publication des images en rubrique "qu'est-ce ?")

janvier 2009

L'orgue qui swingue   

Un sujet qui est bien discuté (!) actuellement chez les organistes de toutes pointures : le swing.

Pour fluidifier le propos, HammondandBuzz a choisi de ressortir le "didacti" de Bruno Micheli sur ces aspects.

Les "DidactiMovies" sont une suite de cours et démonstrations en vidéo, commencée en 2005, et qui comporte aujourd'hui plus de vingt sessions, toutes téléchargeables librement depuis HammondandCo.

Le DidactiMovie "Swing" est une démonstration, avec explications détaillées, de 14 minutes.
Téléchargez-le sur le disque dur de votre ordi, en cliquant sur le screenshot ci-dessous, mot de passe = buzz (en minuscules), puis visionnez-le au moyen de VLC player, ou de QuickTime player.


(clic gauche pour télécharger ! )
(téléchargement : soyez patient, fichier = 25 Moctets !)

décembre 2008

BEX : des histoires à trois   

Soirée mémorable, au New Morning Paris, le 16 décembre 2008 : Emmanuel Bex nous présentait ses deux nouveaux trios.

Dans la continuité de son concerto "esperanto cantabile", voici aujourd'hui "third string", création acoustique fusionnelle pour piano, violon, violoncelle (avec Johan Renard -violon- et Jean-Philippe Feiss -violoncelle-).

Et aussi son projet "open gate", un nouveau trio électrique autour de l'orgue Hammond, avec Francesco Bearzatti -saxes- et Simon Goubert -batterie-. A considérer un peu comme "la générale" de l'enregistrement d'un album tout début 2009.

D'ores et déjà, des dates sont planifiées pour les deux formules, partout en France.


vous voulez vous remémorer cette soirée ?
vous n'aviez pu vous rendre à ce concert ?
vous vous intéressez au sujet ?
pour vous, quelques souvenirs :


     

octobre 2008

Soirée Organistes   

Magnifique soirée "vieilles pierres" (31 oct. 2008), pour les amateurs du son Hammond, dans le cadre du Festival de Jazz du Plateau Picard.

Bruno Micheli et Alberto Marsico (accompagnés de Gio Rossi - drums) en premier set, puis Benoît Sourisse (accompagné de Pierre Perchaud - guitare et banjo, Emile Parisien - saxes, et André Charlier - drums) pour conclure la soirée hébergée dans le charme d'un château rural.

Et le lendemain, clôture du festival avec Emmanuel Bex et ami(e)s.



La totalité du concert Piranha (Micheli/Marsico/Rossi), et tous les solos de Benoît Sourisse sont filmés. Pourquoi pas un DVD ?